Chocolat amer

Lu dans le cadre du Challenge Le tour du monde en 8 ans(Mexique) de Helran


Chocolat_amer

Laura Esquivel
Gallimard
2016
247 pages

«Dans le Mexique du début du siècle, en pleine tempête révolutionnaire, Tita, éperdument éprise de Pedro, brave les interdits pour vivre une impossible passion. À cette intrigue empruntée à la littérature sentimentale, Laura Esquivel mêle des recettes de cuisine. Car Tita possède d’étranges talents culinaires : ses cailles aux pétales de roses ont un effet aphrodisiaque, ses gâteaux un pouvoir destructeur. L’amour de la vie est exalté dans ces pages d’un style joyeux et tendre, dont le réalisme magique renvoie aux grandes oeuvres de la littérature latino-américaine. » dos de couverture

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Pour ceux qui l’ignorent, j’adore cuisiner. Bon, soyons francs, j’adorais cuisiner avant d’avoir une enfant accrochée après moi qui hurle parce qu’elle est fatiguée et qu’elle a faim, alors que l’autre, qu’importe quel plat mitonné avec amour et (une tentative de) patience, va faire la fine bouche et me demander du pâté chinois. Pour mes visiteurs hors Québec, le pâté chinois est l’exemple parfait des plats créés plus pour la nécessité que pour leur goût, bref je ne vois l’intérêt de manger une telle platitude. Mais malgré cela, J’ADORE lire sur la cuisine, spécialement lorsqu’il y a une véritable histoire autour. En manque de ce genre de romans, j’ai été googlée afin de trouver un blogue qui me permettrait de me sustenter de ma passion et j’ai trouvé un peu partout ce roman de Laura Esquivel. Vous ai-je mentionné que j’adore le Mexique? Que j’adore la cuisine mexicaine? Que j’ai ramené du Mexique quelques recettes comme les enchiladas suizas et le pozole? Bref, Chocolat amer avait tout pour me plaire!

Lorsque j’ai su que les chapitres étaient ponctués de recettes, j’ai été un peu inquiète, car j’aime que le sujet de la cuisine soit bien intégré au texte et non pas qu’il soit utilisé simplement pour vendre des livres. Mais non, dès le début le personnage principal est élevé dans une cuisine, elle développe les connaissances et le talent que la cuisinière de la maison lui partage. On comprend qu’il y a une réelle passion entre la cuisine, les aliments, leurs cuissons et Tita. Vite, nous nous prenons de respect, nous aussi, pour le cacao, la farine de maïs, la cuisson sur le comal, les recettes mexicaines anciennes. C’est une véritable plongée dans un autre monde, dans une autre tradition. Les recettes ne sont que le prétexte pour introduirent les différends événements qui ponctuent la vie de Tita: mariage, invité à la table, Pâques, etc et sont donc, parfaitement intégrées au texte au lieu de le «cannibaliser». image3

J’ai été d’autant plus enchantée de ma lecture, que je n’avais pas compris au premier abord que Chocolat amer s’inscrit dans le réalisme magique. J’ai été ravie de voir les plats de Tita prendre vie et modifier le comportement de ceux qui les mangent. Ici, les aliments ont une vie, des émotions et il faut les respecter. Plus la lecture avance, plus la magie prend de la place dans le texte. Si j’ai eu beaucoup de plaisir à ma lecture de ces événements fantastiques qui se déroulaient, je garde quand même un très gros bémol sur la fin du roman très emprunte non pas juste de magie, mais aussi de mysticisme. Une fin qui nous laisse un goût âcre dans la bouche qui ne représente absolument pas le plaisir de lecture qui nous a fait verser des larmes de plaisir, de colère et de tristesse.

Si Chocolat amer m’a beaucoup plu, je garde un peu de déception sur les personnages, la plupart féminins. J’ai trouvé décevant de voir qu’une autrice n’a pas pu écrire une histoire où d’autres femmes se soulèvent contre leur destiné et désire plus que ce qui leur a été imposé. Bien entendu, Tita va ruer dans les brancards en sachant qu’elle n’a pas le droit de se marier, mais malgré tout cela, elle restera auprès de sa mère qu’elle aurait dû maudire cent fois. D’ailleurs, le personnage de Mamá Elena est sûrement l’un des pires personnages maternels que j’ai rencontrés! Il n’y a rien, mais rien du tout pour la racheter! Je l’ai haït, mais haït, vous ne pouvez pas imaginer! Dans tout ce lot de personnages soumit à cette femme tyrannique, une seule va s’enfuir et avoir sa propre vie: Gertrudis dont on ne parlera, finalement, pas tant que ça. Et si l’on finissait par l’amoureux secret? Ce Pedro qui aime si tendrement sa Tita, mais qui ne fera jamais aucun geste courageux pour l’avoir à ses côtés, qui sera constamment lâche, mais malgré cela… que voulez-vous l’amour entre ces deux-là est simplement éternel.

Malgré tous les bémols que je peux mentionner, Chocolat amer reste un excellent livre dont j’attendais un brin plus au niveau du courage et du désir de liberté de ses personnages féminins. Malgré tout, il est vraiment rafraîchissant de suivre l’histoire de cette famille principalement constituée de femmes. Un roman que je conseillerais à tous et dont, j’espère trouver son pareil pour continuer mon plaisir de lecture!

Extraits:

– «Tita était le dernier maillon d’une chaine de cuisinières qui s’étaient transmis, depuis l’époque préhispanique et de génération en génération, les secrets de la cuisine. Elle était considérée comme la meilleure représentante de cet art merveilleux, l’art culinaire.» p.54

– «Elle se sentait tellement solitaire et délaissée. Pire qu’un piment en Nogada oublié sur un plateau après un grand banquet. Combien de fois, seule dans la cuisine, elle avait dû manger une de ces délicieuses choses pour ne pas la laisser perdre! En général, le dernier piment d’un plateau, personne n’ose le prendre, bien que tous en meurent d’envie, de peur de montrer sa gourmandise. Et voilà comment on abandonne un de ces piments farcis qui renferment toutes les saveurs imaginables, la douceur du cédrat confit, le piquant du piment, la subtilité de la sauce aux noix, la fraîcheur de la grenade, un merveilleux piment en Nogada! Qui renferment tous les mystères de l’amour, des mystères que la décence interdit de dévoiler.»p.66

– «Il se passait quelque chose d’anormal. Tita se souvint des paroles de Nacha: lorsque deux personnes ou plus se disputaient en préparant des tamales, ils se fâchaient et il pouvait s’écouler des jours et des jours sans qu’ils cuisent. Il fallait leur redonner leur bonne humeur en leur fredonnant une chanson. C’était probablement le cas: les haricots avaient été témoins de l’altercation avec Rosaura. Une seule solution, donc: calmer leur grogne avec une chanson d’amour.» p.218-219

Source de l’image:
– http://www.mexiquegourmand.com/cuisine-traditionnelle-mexicaine-a-juste-quelques-annees-de-la-reconnaissance-de-lunesco/

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